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Décrypter la situation actuelle par les sciences comportementales

Nous vous proposons une mini-série de trois articles pour vous aider à décoder l’actualité en nous appuyant sur les biais cognitifs afin de mieux comprendre les paradoxes observés chez les individus.

Article 1 : Décrypter la situation actuelle par les sciences comportementales

Article 2 : Les conditions de la résilience des entreprises

Article 3 : Les dispositifs de nudge au service de la communication interne et externe

 

Nous assistons à une confrontation, parfois virulente, entre ceux qui pensent que la crise va permettre (enfin) l’émergence du nouveau monde et ceux qui pensent, au contraire, que l’ancien monde va repartir de plus belle, sous les contraintes du réalisme. Chaque camp campe sur ses positions souvent contradictoires. Comment expliquer un tel duel entre individus ? Qui a raison ? Entre les intentions affichées et les comportements observés, nous risquons d’avoir un certain décalage. Heureusement, les sciences comportementales nous aident à comprendre le caractère souvent irrationnel des opinions et décisions des individus, plus liées à l’émotion qu’à la raison, particulièrement en période de crise. Pour y voir plus clair, nous vous proposons notre analyse de la situation sous l’angle des biais cognitifs qui permettent de porter des premiers constats. 

Oui, le confinement a fait évoluer les habitudes des Français dans de nombreux domaines. Le rapport à la vie sociale et familiale, à la consommation, à la santé, aux entreprises et au travail a changé, brutalement et parfois radicalement, sous la contrainte de la situation sanitaire. Quelles nouvelles habitudes pourraient perdurer à la sortie du confinement ?

 

Constat n°1
Chacun se trouve renforcé dans ses positions. Par exemple, beaucoup souhaitent et pensent que le moment est enfin venu de remplacer l’ancien monde par un nouveau monde plus juste et plus écolo. S’ils ont raison, est-ce pour autant une utopie réalisable ?

D’autres avancent les contraintes économiques et sociales pour relancer le plus rapidement possible l’économie, en s’affranchissant (momentanément ?) des contraintes de la nécessaire transformation des modes de production et de consommation, et en demandant plus de travail aux salariés. Ont-ils tort ? Ou se trouve la ligne d’équilibre ? Cette polarisation des croyances trouve une explication dans différents biais comportementaux ou émotionnels.

Explication par le biais de confirmation
Tendance à privilégier les informations qui confirment nos croyances et à accorder moins de poids à celles qui les contredisent.

Explication par le biais de résistance au changement
Tendance à préférer laisser les choses telles qu’elles sont, un changement apparaissant comme apportant plus de risques et d’inconvénients que de véritables avantages possibles.

 

Constat n°2
L’intensité des débats actuels trouve une première explication dans la radicalité de la situation, en termes de complexité et d’incertitude.

Pour les dirigeants, les prévisions sont très difficiles, voire impossibles. Pour une fois ils sont pris dans un paradoxe où le court terme imposé et subit, est encore plus court qu’à l’ordinaire.

Ce ne sont plus eux qui décident des objectifs à atteindre. Ils doivent accepter un haut niveau d’incertitude vis-à-vis des résultats potentiels Ils doivent accepter de travailler uniquement sur la base de plusieurs scénarios, en faisant preuve d’une grande agilité. C’est une rupture avec le modèle de management enseigné dans les écoles de management et le cadre de référence habituel. Aucun dirigeant n’est réellement préparé à affronter une situation d’incertitude d’une telle ampleur, avec si peu de visibilité. Avec le risque que de nombreuses décisions soient prises dans la précipitation sous l’emprise de l’anxiété et des préoccupations du court terme.

Explication par le biais de répétition
Tendance à calquer un modèle mental dans une situation alors que le cadre de référence n’est pas le même.  

Explication par le biais de l’ancrage
Tendance à se fier à une information reçue en premier dans une prise de décision.

 Explication par le biais de l’instant présent
Tendance à avoir du mal à se projeter sur le long terme

 

 Constat n°3
On constate une accélération des tendances observées avant la crise : Télétravail ; Digitalisation ; Régionalisation des chaines d’approvisionnement ; Made in France ; Émergence de l’intelligence artificielle ;…

La grande majorité des français a montré une très bonne capacité d’adaptation malgré le caractère exceptionnel de la situation. Il est néanmoins difficile de se projeter dans la durée et d’évaluer les conséquences sociales et sociétales à moyen et long terme sur l’organisation du travail dans les entreprises, le management, la mobilité, l’e-commerce, la robotisation dans les chaines de production, etc.

Explication par le biais de normalité
Tendance à croire que les choses fonctionneront à l’avenir comme elles ont normalement fonctionné dans le passé, et donc à sous-estimer à la fois la probabilité d’un évènement exceptionnel tel qu’une catastrophe et ses effets possibles.

Biais de négativité
Tendance à nous souvenir mieux et plus longtemps des évènements négatifs que des évènements positifs. C’est notre instinct de survie qui se manifeste de manière à nous prémunir contre tout nouveau danger.

 

Constat n°4
Le confinement a mis en évidence et accru les inégalités entre les « engagées et les protégés » :

  • Les malades et les bien portants
  • Les exposés au virus et les confinés
  • Les confinés à la ville ou à la campagne, en appartement ou à la maison
  • Les confinés avec de très jeunes enfants, des adolescents et sans enfants
  • Les salariés, bénéficiaires du chômage partiel, et les indépendants
  • Les cadres en télétravail et les ouvriers dans les usines
  • ….

Le confinement a fait naître les nouveaux héros du quotidien. Par voie de conséquence, nous avons changé notre rapport aux autres, particulièrement sur les invisibles qui sont devenus visibles et indispensables à la continuation de la société. Beaucoup ont ressenti le besoin de marquer leur reconnaissance en organisant ou en participant à des manifestations de soutien, spontanées ou organisées, ponctuelles ou durables, individuelles ou collectives. De nombreuses entreprises ont montré leur réel engagement pour leurs collaborateurs, leurs clients et fournisseurs ainsi qu’auprès de tous ceux qui étaient mobilisés contre la maladie ou qui ont pris des risques pour que l’économie continue à minima.

Explication par le biais d’empathie
Tendance à écouter, comprendre et aider les autres.

Explication par le biais de reconnaissance
Tendance à éprouver de la gratitude à l’engagement volontaire des autres


Constat n°5
On ne sort pas indemne d’un confinement aussi long et anxiogène. D’après certaines études, un salarié sur quatre est en risque de dépression nécessitant un traitement !

Il engendre, malgré nous, un niveau de violence important, sur les plans mental et le physique, lié à la privation de l’espace, de la liberté, de la mobilité, des rencontres, de la vie sociale et professionnelle. Une grande partie de nos repères et de nos schémas de construction a disparu du jour au lendemain.

Et ce n’est qu’un début.

On quitte la crise sanitaire pour ne autre crise économique et sociale dont l’ampleur va s’ajouter au niveau d’angoisse actuel. On peut donc s’attendre à un sentiment élevé d’insécurité et d’anxiété collective sans que l’on puisse vraiment évaluer le niveau d’effort individuel à faire pour se remettre à niveau. Il va falloir apprendre à revivre ensemble, sans avoir peur de l’autre mais tout en gardant à l’esprit qu’il peut être dangereux et en continuant de respecter les barrières sanitaires. Tout en ayant à l’esprit que la solution est collective, en s’appuyant les uns sur les autres, sans avoir peur de l’autre.

Biais de négativité
Tendance à accorder plus de poids à des évènements négatifs que des évènements positifs. C’est évidemment notre Instinct de survie qui se manifeste de manière à nous prémunir contre tout danger.

Biais de nostalgie
Tendance à être sensibles aux informations qui nous rappellent les bons souvenirs

 

Constat n°6
Un autre point d’interrogation porte sur le niveau de défiance vis-à-vis des entreprises et des organisations. Déjà élevée avant la crise, cette défiance risque d’augmenter globalement, en fonction de la perception de chacun sur l’engagement de son entreprise auprès de ses collaborateurs et de ses parties prenantes : clients, fournisseurs et partenaires.

Plusieurs prises de parole jugées non sincères ont déjà été reléguées dans la rubrique du

Covid bashing. Ces communications opportunistes ne doivent pas nous faire oublier toutes les entreprises qui se sont mises au service de l’intérêt général. Elles doivent néanmoins nous faire réfléchir aux règles à respecter d’une communication responsable dans les prochaines semaines.

Explication par le biais de représentativité
Raccourci mental qui consiste à porter un jugement à partir de quelques éléments seulement qui ne sont pas représentatifs.

Explication par le biais de saillance
Tendance à donner plus d’attention à des messages qui nous semblent pertinents et qui se démarquent.

Qui sommes-nous ?

Quadrature vous conseille et vous accompagne dans votre Raison d’Être et votre démarche RSE, en s’appuyant sur les sciences comportementales et les nudges pour embarquer vos parties prenantes.

Quadrature, agence de conseil et de communication engagée, réunit une petite équipe d’experts, d’horizons complémentaires – audit RSE, coaching…-, autour de Pascal Fonteneau, son fondateur, après plusieurs années à la direction de la communication de Citéo (ex Eco-Emballages) où il a conçu la communication comportementale et d’intérêt général sur le tri-recyclage des emballages ménagers en France.

Quadrature fait partie du groupe Change, agence indépendante qui agit pour la bienveillance des marques, afin de dépasser le simple rapport marchand avec leurs clients, pour donner du sens à la relation à travers des engagements concrets au service de l’utilité sociale et sociétale.

Prochain article : Les conditions de la résilience des entreprises

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